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vendredi 29 avril 2011

La curée d'Emile Zola


 Roman de l'avidité envers l'argent et du destin d'une Phèdre moderne, la Curée est le deuxième volume de la saga des Rougon-Macquart.
Le personnage principal est Aristide Rougon (déjà présent dans la Fortune des Rougon), qui s'est renommé Aristide Saccard, monté à Paris avec sa femme et sa fille pour y faire fortune. Il y retrouve son frère Eugène, qui s'il est ministre ne l'appuie que mollement, et seulement s'il est sûr de ne pas se trouver éclaboussé d'un scandale, et sa soeur, Sidonie, aux activités assez louches, mais qui ne manque pas de relations.
De son frère, il obtient un petit poste à l'hôtel de ville, et de sa soeur, une nouvelle femme, alors que sa première épouse agonise et entend la discussion des deux Rougon à propos de la future épouse, Renée.

La tante de cette dernière cherche absolument un mari pour elle, puisque la pauvre Renée, au sortir du couvent, est tombée enceinte après s'être fait violer. Il faut absolument qu'elle se marie pour éviter le déshonneur, et au vu de la somme qu'est prête à donner la tante, Aristide se dévoue, à peine sa femme enterrée et sa fille expédiée à la campagne. (Quel père modèle !)

Renée perd rapidement l'enfant de son viol, et commence alors pour les deux époux une vie parallèle, chacun dans son monde, ne se croisant qu'avec bonhomie pour se plier aux exigences mondaines. Le duo est bien vite rejoint par le fils d'Aristide, Maxime, un adolescent aux allures de jeune fille, que Renée prend sous son aile.

Et c'est alors que Maxime grandit, que se noue le drame de la vie de cette pauvre Renée, qui est victime des Rougon. Victime de son mari qui joue avec sa dot et tente de la tromper de toutes les manières possibles pour qu'elle signe divers papiers, et victime de la mollesse de Maxime, devenu son amant, qui ne l'aime pas mais ne sait pas lui résister. Elle est une Phèdre à qui l'on cède, mais qui tout de même est conduite irrémédiablement à sa perte.

La plume de Zola se fait parfois lyrique, et détaille toujours avec profusion le milieu dans lequel évolue les protagonistes. Des dorures des salons aux tenues des femmes, de la verdure du Bois de Boulogne aux lumières de la ville, on assiste à la transformation de Paris (on est en pleine époque haussmannienne!). Les Rougon sont toujours aussi détestables, mais bizarrement fascinants tant les tréfonds de l'âme humaine et de toutes ces vicissitudes sont admirablement dépeints. La lecture d'un Zola ne vous laisse jamais indemne, et l'on sort à la fois repu par la beauté de ses mots, mais aussi dégoûté et amer des vices de l'âme humaine qu'il campe sans complaisance.

Deux extraits : " Renée, dans ses satiétés, éprouva une singulière sensation de désirs inavouables, à voir ce paysage qu’elle ne reconnaissait plus, cette nature si artistement mondaine, et dont la grande nuit frissonnante faisait un bois sacré, une de ces clairières idéales au fond desquelles les anciens dieux cachaient leurs amours géantes, leurs adultères et leurs incestes divins. Et, à mesure que la calèche s’éloignait, il lui semblait que le crépuscule emportait derrière elle, dans ses voiles tremblants, la terre du rêve, l’alcôve honteuse et surhumaine où elle eût enfin assouvi son cœur malade, sa chair lassée.."

"Un amour immense, un besoin de volupté, flottait dans cette nef close, où bouillait la sève ardente des tropiques. La jeune femme était prise dans ces noces puissantes de la terre, qui engendraient autour d’elle ces verdures noires, ces tiges colossales ; et les couches âcres de cette mer de feu, cet épanouissement de forêt, ce tas de végétations, toutes brûlantes des entrailles qui les nourrissaient, lui jetaient des effluves troublants, chargés d’ivresse. À ses pieds, le bassin, la masse d’eau chaude, épaissie par les sucs des racines flottantes, fumait, mettait à ses épaules un manteau de vapeurs lourdes, une buée qui lui chauffait la peau, comme l’attouchement d’une main moite de volupté. Sur sa tête, elle sentait le jet des Palmiers, les hauts feuillages secouant leur arôme. Et plus que l’étouffement chaud de l’air, plus que les clartés vives, plus que les fleurs larges, éclatantes, pareilles à des visages riant ou grimaçant entre les feuilles, c’étaient surtout les odeurs qui la brisaient. Un parfum indéfinissable, fort, excitant, traînait, fait de mille parfums : sueurs humaines, haleines de femmes, senteurs de chevelures ; et des souffles doux et fades jusqu’à l’évanouissement, étaient coupés par des souffles pestilentiels, rudes, chargés de poisons. Mais, dans cette musique étrange des odeurs, la phrase mélodique qui revenait toujours, dominant, étouffant les tendresses de la Vanille et les acuités des Orchidées, c’était cette odeur humaine, pénétrante, sensuelle, cette odeur d’amour qui s’échappe le matin de la chambre close de deux jeunes époux."

Encore une rencontre réussie avec Émile, et voilà qui me donne envie de lire assez rapidement le Ventre de Paris.

Vous pouvez aussi lire l'avis de Lilly , et de Kalista qui m'ont toutes les deux donné envie de lire ce roman et de continuer ma relation avec Zola.

lundi 19 avril 2010

La fortune des Rougon (11 sur 207)

Emile Zola. Auteur ô combien célèbre, monument de la littérature française, que, jusque lors, je n'ai que peu lu. (Nana et Le bonheur des Dames, uniquement, bien que j'ai adoré les deux).
Hors donc, sur ma fameuse liste, voilà qu'il me faut lire, entière, la saga des Rougon-Macquart. Vaste aventure s'il en est, que j'abordais avec une certaine répugnance.
Puisqu'il fallait commencer par le début, logique, j'emprunte donc à la médiathèque de Toulouse, la fortune des Rougon. Là où tout commence, en quelque sorte le prologue à tout, l'installation, le premier acte.
Livre de 1871, La fortune des Rougon a pour titre "scientifique" comme le dit l'auteur "Les origines". On n'entre pas tout de suite dans le vif du sujet, et le premier personnage du récit n'apparaît que vers la page 24 (le récit commençant sur mon édition page 20).
On peut être au premier abord un peu déboussolé par les sauts dans le temps, assez nombreux, mais je m'y suis fait assez vite.
L'histoire est assez simple en somme, Adélaïde Foulque, une héritière d'un maraîcher va avoir trois enfants. L'aîné, issu de son mariage, se nomme Pierre et a le nom de son père, Rougon. Les deux autres sont Antoine et Ursule Macquart dont le père Eustache est un brigand qui va et vient à sa guise et entretient une liaison avec Adélaïde.
Pierre est bourré de prétentions sociales et ne cherche qu'à se hisser, ce qu'il commence à faire en se mariant avec Félicité Puech, une bourgeoise dont la famille manque cruellement d'argent. Ils auront trois fils.
On retrouvera également en héros (un brin romantique et plein d'illusions et de fougue) Silvère, l'un des fils d'Ursule. Il vivra un amour sincère avec Miette, une jeune adolescente orpheline. Leur amour est la fraîcheur du livre, amenant des passages bucoliques et frais d'amours jeunes.
En toile de fond, la lutte des partisans de la république, des bonapartistes et des royalistes qui servent et desservent les ambitions des uns et des autres. Je n'en dirais pas plus de l'intrigue pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui voudraient lire le livre :)

Ce que je retiendrais de ce roman c'est ses héros attachants avec leur simplicité et leurs défauts, jamais noirs ou blancs, toujours d’un gris qui en devient éclatant.
Les moments bucoliques succèdent aux travers des vicissitudes de certains, la poésie laisse place à la description du quotidien ou des manœuvres politiques dans un langage sans cesse renouvelé de descriptions fluides et belles.

Deux petites citations :" l'hérédité a ses lois comme la pesanteur"

et (à propos de Silvère) "un de ces esprits tendres et exquis logés en pleine chair, et qui souffrent de ne pas pouvoir sortir rayonnants de leur épaisse enveloppe"


A LIRE ABSOLUMENT !