Affichage des articles dont le libellé est Littérature contemporaine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature contemporaine. Afficher tous les articles

samedi 12 novembre 2011

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Schaffer et Annie Barrows

Quand je suis malade, j'ai toujours besoin de lectures connues et rassurantes. En tant que lectrice acharnée, il m'arrive de lire même en ayant de la fièvre. (ce qui donne parfois lieu ensuite à de biens drôles de rêves, croyez moi !)
Comme j'avais besoin de réconfort en plus de la couette bien chaude et du chat sur les pieds, je me suis replongée dans le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Lu dans un train la première fois. Il fait partie des livres que j'ai fait lire à un peu à tout le monde, du moins aux victimes consentantes.

Ais-je besoin de vous raconter l'histoire? Peut être que oui, quand même. Roman épistolaire, il nous fait plonger à la fin de la seconde guerre mondiale, et commence grâce à un livre d'occasion ayant appartenu à l'héroïne Juliet. Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, l'a racheté, et il écrit à Juliet pour lui demander de plus amples renseignements sur l'auteur. Commence alors une relation épistolaire, qui va mener Dawsey à évoquer le cercle littéraire auquel il a appartenu pendant la guerre. Juliet, curieuse et passionnée par les livres, et cherchant sans le savoir vraiment, un nouveau sujet pour écrire (elle est alors en pleine tournée de promo), va chercher à en savoir plus, et bientôt, tous les membres du cercle ou presque vont lui écrire. C'est une histoire d'amour et d'amitié qui commence alors, et il devient bientôt évident à Juliet d'aller là bas, à Guernesey...

Il serait difficile d'exprimer à quel point j'aime ce livre. Je voudrais avoir rencontré tous les personnages, de Kit, petite fille née pendant la guerre, et dont les deux parents sont morts ou disparus, à Isola qui prépare de drôles de mixtures, en passant par Amelia, si douce et sage. Dawsey bien sûr, silencieux, mais si doux.
Et puis Elizabeth. La mère de Kit. Qui est à la fois absente et présente du début à la fin. Elle qui fut à l'origine du cercle, et qui par sa présence solaire a donné du baume au cœur à tout le monde . Une âme forte, bonne, généreuse.
Oui ce roman respire ce qu'il y a de plus beau, et de plus mauvais, dans l'humanité, mais il fait espérer, rire, pleurer (à chaudes larmes pour ma part), sourire, il donne envie de lire aussi, et d'aller partager une tourte aux épluchures de patates avec les habitants de Guenersey, si c'est le seul moyen de les rencontrer.
(et si on me dit que ce n'est pas de la grande littérature, je répondrais, "qu'est ce que la littérature?" ou "Who cares?")

mardi 18 octobre 2011

Le mec de la tombe d'à côté de Katherine Mazetti.

J'étais persuadée que j'allais adorer ce livre. Mais vraiment quoi. A priori, la rencontre entre une bibliothécaire et un fermier, l'histoire d'amour folle née sur un banc dans un cimetière, ça aurait du me plaire. Oui mais non. Mais avant de vous dire pourquoi, résumons un peu.
Désirée, trentenaire, vient de perdre son mari. Elle est plus triste de se retrouver seule que de l'avoir perdu lui, mais va très régulièrement se recueillir sur sa tombe, et écrire. Benny lui, s'occupe religieusement de la stèle de ses parents. Un peu baroque, de mauvais goût, fleurie, bref l'opposé de celle du mari de Désirée. Au début, ils se détestent. Ils sont trop différents. Et puis un jour, Benny sourit. Et c'est le début d'une aventure un peu dingue.

Dis comme ça, ça donne envie. Oui mais voilà, j'ai pris Désirée en grippe. Je l'ai trouvée engoncée dans ses idées de femme cultivée, fermée à ce qui n'était pas son milieu, et carrément butée. Je ne voyais franchement pas ce que Benny pouvait lui trouver. Dans leur relation, on a l'impression qu'il s'efface, et qu'elle essaye de dominer. Elle est dédaigneuse, lui perdu.
La relation est vouée à l'échec. Ils sont trop différents, on le sent, et j'ai passé tout le roman à me demander ce qu'ils pouvaient bien mutuellement se trouver et à avoir envie de hurler à Benny de se trouver une fille moins compliquée. Un peu plus volontaire.
Voilà, je suis complètement passée à côté. C'est dommage, parce que le côté récit à deux voix est plaisant. Que partir de l'idée que les opposés s'attirent, l'est tout autant.
Enfin voilà, je sais que ce livre a eu énormément de succès, mais pour ma part, je suis bien contente de ne pas l'avoir acheté.

mardi 11 octobre 2011

Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosay.

Sarah. Une petite fille française, parisienne, une gamine normale. Oui mais voilà, Sarah est juive. Pendant la seconde guerre mondiale. Et c'est l'enfer du Vel d'Hiv qu'elle va vivre.
Julia Harmond est américaine de par sa naissance, et française par son mariage. Elle a une quarantaine d'années, est journaliste, et pas tout à fait heureuse. Et quand elle se voit confier la réalisation d'un article sur ce qui s'est passé au Vélodrome d'Hiver, elle ne sait pas qu'elle met le pied dans une histoire qui bouleversera sa vie.

J'ai longtemps repoussé le moment de lire ce livre, ayant déja vu le film, et étant un peu dubitative. C'est une période effrayante. Bouleversante. Une période à ne pas oublier, et où les Français n'ont pas toujours le bon rôle. Comment juger? (je ne suis pas forcément une grande fan de chanson française, mais je vous renvoie à la chanson "Si j'étais né en 17 à Leidenstadt")
Ce qui est dur dans ce livre, même si c'est une fiction, c'est qu'il se concentre sur les enfants. Sur une enfant en particulier. Et l'histoire de Sarah, on la sait forcément dramatique. Dure. Alors, on comprend la quête de Julia. Cette envie de savoir la vérité, de fouiller, quitte à blesser. Parce qu'il est dur de ne pas savoir, d'imaginer le pire, même si parfois, la vérité est bien plus âcre que ce que l'on avait pu imaginer. L'histoire peut être sordide.
C'est un beau récit que nous livre l'auteur, sans trop en faire, sans exagération ni mélo. La simplicité des mots sert cette quête, ce plongeon dans les eaux troubles du passé. Et même si les larmes viennent bien facilement, c'est tout de même une lecture essentielle. Pour eux.

jeudi 6 octobre 2011

Le Choeur des femmes de Martin Winckler

Jean (Djin, une fille donc) Atwood est une interne brillante. Pour pouvoir enfin avoir le poste qu'elle brigue et mérite, elle doit passer six mois dans une unité appelée "Médecine de la femme", dirigée par un généraliste surnommé Barbe Bleue. Il en coure des rumeurs sur lui. Et notre héroïne, une miss je sais tout rigide et coincée, n'a vraiment pas envie, elle qui veut être chirurgienne spécialisée en gynécologie,  de se farcir cet huluberlu. Et pourtant...

Il est étrange ce livre. D'abord, par la construction, la complexité et la diversité qui font de ce roman quelque chose de pas forcément très simple à lire. On passe de point de vue de l'une, à point de vue de l'autre, à témoignages, en une vaste farandole. C'est dense. Très dense.
Et je ne vous parle même pas des termes médicaux. Une littéraire comme moi, avec aucune connaissance en médecine, galère forcément. Mais je me suis armée d'outils modernes, et google, notre ami, m'a éclairée.
Et puis franchement, je me suis laissée prendre. Jean est agaçante. Barbe bleue, aka le docteur Karma, est frustrant de perfection. Et pourtant. Malgré la rigidité de l'une, la trop grande bonhomie de l'autre, on s'y attache. Ce sont deux têtes de mule. Deux caractères entiers. Et Jean change, forcément.
On ne peut pas lire ce roman en s'imaginant être surpris. Certes on ne devine pas tout, mais quand même, même une naïve pathologique comme moi a bien vu venir certaines choses. Mais le charme est ailleurs. Dans les femmes que l'on rencontre. Dans les failles de Jean, son histoire, ses blessures, son passé. Dans la patience de Karma.
On aurait envie, en tant que femme, d'avoir ce genre de gynécologue. D'être aussi bien écoutée, comprise, entendue. D'être traitée avec douceur.
C'est un beau roman. Parce qu'il vibre d'amour pour les femmes. Un peu partout dans ses quasi 700 pages. S'il ne me laissera pas un souvenir impérissable, ce fut tout de même une lecture prenante.

mercredi 28 septembre 2011

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

A force de le voir à droite, à gauche ce livre, et d'en lire beaucoup de bien, j'ai craqué. (notamment le billet de ClaudiaLucia (très mitigée, mais ce genre d'avis me donne envie de m'intéresser aux livres en question généralement,  et celui de George)
et peut être d'autres dont je ne me souviens honteusement plus... )

Et je ne le regrette pas une seule seconde.
Dès le début du roman, avec la voix d'Aibileen, servante noire , qui s'occupe en plus du ménage d'élever une petite fille qu'elle considère comme la sienne, on est happé. Par la simplicité de ce récit, et par ce qu'il a de dur, de dérangeant, d'effrayant. Nous sommes dans les années 1960, au Mississipi, et la ségrégation raciale bat toujours son plein. Et pourtant, dans cette ville de Jackson, une femme, une blanche, va petit à petit prendre conscience de l'anormalité des choses. Miss Skeeter. Elle est à part. Fragile et forte à la fois, consciente de ne pas être dans la norme, mais bien décidée à aller jusqu'au bout. Elle recueillera les témoignages de bonnes noires, et elle en fera un livre. Et c'est par le biais d'Aibileen, puis de la volcanique Minny, que cette blanche va entrer dans un monde qui la dépasse.

Roman à trois voix, qui permet une variété de points de vue cruciale, qui fait en grande partie la force du récit, cette histoire est de celle qui ne vous laisse pas indemne. Encore maintenant, j'ai la gorge nouée. On les aime ces femmes durant le récit. On se passionne, on s'indigne, on frémit, on bout, on a envie d'aller les rejoindre, de lutter avec elle. C'est un vibrant hommage, un juste témoignage d'une réalité qui n'est pas si lointaine. (Et dire que le racisme existe toujours...) Outre les héroïnes principales, de Minny qui ne sait pas se taire, à Miss Skeeter, éternelle célibataire, il y a dans ce livre une riche galerie de personnages bien construits, dont certains donnent des envies de meurtre. Ceux qui ont lu le livre seront que je parle bien sûr de Miss Hilly, qui est haïssable au possible. Mais il y a des figures pleines de douceurs, de failles, de secrets. De courage aussi. Certaines parties exsudent l'amour, surtout quand Aibileen s'exprime.
Un livre qui marque, profondément, et qui restera longtemps dans un coin de ma tête. Gros coup de cœur donc.

jeudi 15 septembre 2011

E=mc² mon amour...

Lui, c'est Daniel, onze ans, fan de cinéma américain qu'il regarde clandestinement avec un ami, bon en classe, terriblement rêveur, et au parlé banlieusard, ce qui ajoute à son charme.
Elle, c'est Lauren, du même âge. Elle affectionne les vers de Racine, et ne daigne pas taquiner la muse, est américaine mais vit à Paris, dans les beaux quartiers. On peut dire d'elle qu'elle est surdouée.
Dans une ville d'eau, ils vont se rencontrer. Et quand un fan de cinéma américain rencontre une Lauren, c'est forcément le coup de foudre.
Une histoire d'amour entre deux gosses qui malgré leur intelligence, restent tellement enfants...

C'est une relecture pour moi, car ce livre a fait mon bonheur quand j'étais adolescente. J'en gardais un très joli souvenir, qui ne s'est pas atténué. Ce n'est certes pas d'un style détonnant, ni d'une originalité suprême, mais c'est une histoire qui vous fait sourire, rire, qui vous attendrit, vous attriste, et vous fait voyager. Avec eux. Daniel et Lauren. On rencontre peu de personnages, pas besoin c'est l'amour surtout qui est au centre, mais ceux évoqués sont tous à leur manière attachants. Du père de Daniel, qui parle au présentateur des infos, à ce vieux monsieur, croisé par hasard, qui leur sert de chaperon dans Venise.
C'est un livre très léger, mais en même temps, avec mes yeux d'adulte, je le vois un peu triste. Parce que ces gamins ne se sentent pas "conformes". Qu'ils sont déboussolés. Perdus. Parce qu'on ne peut pas aimer durablement quand on a cet âge là et que tout nous sépare.

Ça reste tout de même une très agréable lecture, n'allez pas croire le contraire :)

Et elle participe au challenge amoureux d'Irrégulière, catégorie histoire d'amour qui finit mal. (il va sérieusement falloir que je me remette à mes challenges moi, je suis une très mauvaise élève...)

dimanche 11 septembre 2011

La reine des lectrices d'Alan Bennett

Je crois que ce qui résume le mieux la lecture de ce livre c'est : "Quoi c'est déjà fini?"
Le pitch est très simple, et original. Et si la reine d'Angleterre se mettait à devenir une lecture acharnée en tombant par hasard sur un bibliobus?
C'est un joli prétexte que prend l'auteur pour nous parler de la découverte de la littérature, d'auteurs en tout genre (aussi bien anglais, que... Proust ou Genêt), de diversité.
Le sujet est si bien amené qu'on y croit, de la réaction du gouvernement et de ses domestiques, horrifiés et croyant que la reine se met à être sénile parce qu'elle prend de plus en plus de notes (ben oui, elle prend des notes, forcément c'est qu'elle perd la mémoire), à sa famille, qui se réjouit de l'avoir un peu moins sur leur dos... (sauf quand elle les force à lire :D ) De l'humour, du réalisme donc, et de la tendresse, bref, tous les ingrédients sont là pour faire un joli roman, sans prétentions, rafraichissant, et qui nous conforte dans notre amour de la lecture, comme son illustre héroïne.


« Je perçois la littérature comme une immense contrée, inscrivit-elle un jour : je me suis mise en route vers ses confins les plus extrêmes, en sachant que je ne les atteindrai jamais. »

Et la lecture de ce livre participe au challenge le nez dans les livres de George !

 

vendredi 12 août 2011

La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt.

Et si Adolf Hitler n'avait pas été recalé à l'examen d'entrée des Beaux-Arts de Vienne, que serait-il advenu de lui? S'il avait eu la possibilité d'aller jusqu'au bout de son envie d'être peintre. Si on l'avait reconnu?
Voilà le postulat duquel part l'auteur. Et de cette idée naît un livre courageux, qui mélange des tranches de vie de Adolf H, le peintre, et d'Adolf Hitler, le personnage historique.

Il est assez déroutant de s'attacher à cet autre personnage, cet homme qui n'a jamais existé mais qui aurait pu, et qui se construit humainement grâce à des rencontres. Adolf H admet avoir un problème, il se soigne, il crée des liens, se fait des amis. Il est terriblement humain, est blessé, tombe amoureux, est pétri de doutes, bref, c'est un homme tout ce qu'il y a de plus normal.
Et c'est là que réside le talent de l'auteur, de nous montrer qu'Adolf Hitler était humain. Qu'il recelait ce que l'homme peut avoir de noirceur, de folie, de cruauté et d'égoïsme, mais que c'était un homme.
Il nous démontre que chacun d'entre nous a cette part de noirceur, et qu'un seul élément peut faire basculer une vie. La part de l'autre. Oui ce sont les autres qui nous façonnent. Nos rencontres, notre famille, notre éducation. De petites pierres qui forment l'édifice de ce que nous sommes.

C'est un livre qui ne nous laisse pas indemne, et encore plus que le livre, que j'ai déjà particulièrement apprécié, j'ai aimé le journal à la fin. Là où Eric-Emmanuel Schmitt nous explique son processus de création, ses doutes, ses failles, son mal être au moment d'écrire. L'incompréhension de certains amis, la brouille avec eux même.

Et je vous laisse avec cette phrase que je trouve si juste : "Hitler est une vérité cachée au fond de nous-mêmes qui peut toujours ressurgir."

mercredi 10 août 2011

La tête en friche de Marie Sabine Roger.


Quand j’ai commencé la lecture de la tête en friche, je n’étais franchement pas convaincue. Le héros Germain, est brut de décoffrage, et l’écriture va avec. Remarquez, il aurait été bizarre de parler de manière très soutenue de ce presque analphabète qui après la rencontre d’une grand-mère sur un banc public, va se mettre à aimer lire. 

Mais voilà, au début, ça ne passait pas trop. Mais ça se lisait bien, donc j’ai continué. Et bien m’en a pris, parce qu’au final, sans que je m’en rende compte, je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure, et de plus en plus séduite et émue. J’avais parfois les larmes aux yeux, non pas que ce soit triste, mais parce que c’était tout simplement beau.

La tête en friche, c’est donc l’histoire de Germain, un homme de quarante-cinq ans, qui vit de missions d’intérim, qui donne des noms à tous les pigeons du square, et que ses copains du café considèrent un peu comme l’idiot du village. Gentil, mais pas fut fut le Germain. Oui mais voilà, un jour, sur son banc, il trouve Margueritte. Margueritte lit. Camus, Romain Gary, Sepulvada, le dictionnaire… Et elle trouve que Germain est quelqu’un de bien, qu’il a du potentiel. Alors elle l’embarque sur le bateau de la lecture, et une grande histoire d’amitié naît.

Pourtant, ça aurait pu paraître bizarre non, cette histoire entre deux générations différentes, entre la culture et l’ignorance, mais non, finalement, ils s’enrichissent mutuellement, se complètent, apprennent à se connaître. Peut-être me direz-vous que c’est un peu niais, mais je ne crois pas, je pense que la lecture peut avoir ce pouvoir là.
Au final, c’est une lecture qui a encore plus renforcé mon envie de partage, et de découverte. Qui m’a fait encore me dire que oui, lire était vraiment l’un des plaisir de ma vie, et que je n’étais pas prête de m’arrêter.

Quelques extraits qui valent le coup et qui vous montreront le style décapant de l’auteur, et de Germain :
« Je sais pas si c’est d’être veuf ou d’avoir chopé la cirrhose mais, depuis quelques temps, Landremont c’est le genre à te changer le paradis en dépotoir, rien qu’avec deux ou trois phrases. Il te sape pas le moral, il te le dioxine. »
« L’affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c’est trop tard : le cœur, on ne peut pas le passer au Roundup pour lui désherber la tendresse. »

jeudi 4 août 2011

Au bon roman de Laurence Cossé


Au Bon Roman est avant tout une histoire d’amour. Pas celle entre deux êtres, non,  l’amour de la littérature, et surtout du roman. C’est aussi une histoire policière, un retour arrière, une chronologie de faits pour mieux les comprendre. C’est le pari fou de Francesca et d’Ivan, de créer une librairie où il n’y aurait que des bons romans.

Ce qui me dérange un peu, c’est que pour moi, il n’y a pas vraiment de bons ou de mauvais romans. Il y a des romans qui plaisent à certains, des romans qui sont faits pour d’autres, et tout est une histoire de rencontre. Alors certes, il y a des chefs d’œuvre, mais il y a un je ne sais quoi de réducteur dans tout cela, dans le concept même de la librairie créée par Francesca et Ivan, qui me dérange pas mal. Après tout, chacun est libre de lire ce qu’il veut. Plus que le concept, c’est l'appellation. « Au bon roman. » Il y a un je ne sais quoi de snob dans tout ça, d’élitiste…

Malgré tout cela, j’ai tout de même apprécié la lecture de ce roman. Parce qu’on y parle d’amour de la littérature, de passionnés, d’écrivains, de rencontres, de partage, mais aussi parce qu’il y a du mystère, des attentats, une enquête, des secrets. Des ingrédients qui marchent bien. Il y a quelque chose d’attachant et de presque naïf sous le côté élitiste de la chose. On sent quand même une envie de partager ce qui est « bon ». La forme est peut-être un peu maladroite, mais le fond me semble tout de même bon, lui aussi.
Une lecture donc plutôt agréable et qui m’a donné envie de lire les fameux titres évoqués, à droite et à gauche, qui parsèment les pages, et que je ne connais pas, pour la plupart.
(et j’aime les livres qui me donnent envie de lire encore plus…)

Edit : Cet article participe au challenge de George... 


mardi 2 août 2011

La voleuse de livres de Markus Zusak.

"Il y avait quelque chose de séduisant dans la notion de compétence. "

La voleuse de livres. En voila un titre qui intrigue. Qui donne envie de savoir qui, quoi, et pourquoi? Et quand on s'y intéresse de plus près, et qu'on se rend compte que c'est la mort qui est la narratrice, cela donne encore plus envie.

Pourtant, au départ, ce n'est pas un livre facile. La forme est déroutante. L'auteur joue avec les mots. Il nous raconte des choses qui se passent beaucoup plus tard dans l'histoire, avance, recule. Il faut s'accrocher un peu. Et puis au bout de quelques chapitres, ça coule de sens. On s'y est fait, cela devient normal et fluide.

Mais que nous raconte la mort? Elle nous parle de la couleur du ciel. Mais aussi ,et surtout, de la voleuse de livres. Une gamine qu'elle a rencontré à de nombreuses reprises. Liesel. Une enfant qui est confiée à Hans et Rosa. Arrachée à sa mère, elle vient de perdre son petit frère. Dans l'Allemagne de la seconde guerre mondiale, elle va peu à peu découvrir la rue Himmel. L'antisémitisme, les bombardements, le courage, l'apprentissage des mots, la liberté, l'amitié, l'amour. Sous des dehors simplistes, l'histoire est de celles qui vous marquent. On s'attache à Liesel, et à ceux qu'elle aime. De son père adoptif, Hans, qui joue de l'accordéon et qui a une dette à payer, à sa mère adoptive Rosa, qui jure comme un charretier mais qui a un coeur d'or, à Rudy qui rêve d'être un grand coureur et dont le rêve est de lui arracher un baiser. Il y a aussi Max. Le juif que la famille adoptive de Liesel cache. Max est un rescapé. Grâce à un livre terrible.

La voleuse de livres est de ceux qu'on a du mal à quitter, dont il est difficile de parler. On pleure, on sourit beaucoup, on frissonne aussi. Et on est triste de le quitter.

Et les passages avec les dessins et les textes de Max sont magnifiques. Terriblement touchants.

Bref, vous aurez compris, je vous le conseille vivement :)

Cette lecture participe au challenge le nez dans les livres. (pour les curieux et non informés, on clique sur l'image qui vous conduira à l'article de George ;) )

vendredi 22 juillet 2011

Rosa Candida d'Audur Ava Olafsdottir

Il y a très longtemps que je voulais lire ce livre après avoir lu un peu partout des avis enthousiaste et aussi, et surtout, parce que  le titre me plaisait... C'est peut être terriblement stupide à dire, mais j'étais persuadée que ce livre était fait pour moi.

Le héros, un jeune homme de 22 ans, quitte son pays de champs de lave, laisse derrière lui son père vieillissant, son frère jumeau autiste, et le spectre de sa mère morte. Il s'éloigne également de sa fille encore bébé, qu'il a eut d'une aventure très brève (à peine un quart de nuit dit-il je crois) avec Anna, une amie d'un ami. Dans ses bagages, trois boutures de roses.
Il part à l'étranger, dans un monastère pour rénover un jardin qui fut autrefois la plus belle des roseraies.

On s'attache très vite à ce rouquin qui aime les fleurs, à son côté candide, ingénu, à ses questionnements sur la mort, le corps, sur comment se faire aimer d'une femme. Chaque personnage qu'il rencontre semble le mener un peu plus vers la découverte de lui même, et tout particulièrement le frère qui le prend sous son aile, grand amateur de cinéma, qui à chaque question que le jeune homme pose, lui répond en lui montrant des films.
Sa relation toute de tendresse et d'énervement vis à vis de son père, à qui il téléphone plus ou moins souvent, ne peut que faire écho en nous,et que nous faire sourire devant la maladresse de ce vieil homme qui multiplie les attentions maladroites et les tentatives de faire renaître sa femme en cuisinant les plats qu'elle mitonnait jadis.
Et puis il y a la petite Flora Sol, à qui il apprend le latin. Avec qui il vit ses premiers pas. Pour qui il cuisine, qu'il apprivoise tout naturellement.

C'est un livre magnifique ! Un gros gros coup de coeur que j'ai été triste de finir.

(Et juste, pour ceux et celles qui l'ont lu, que pensez vous de l'attitude d'Anna?)

mercredi 29 juin 2011

Les jumelles de Highgate d'Audrey Niffenegger.

Hum. Comment vous parler de cet ovni? En achetant le bouquin, je m'attendais à lire un espèce de huit clos, une enquête sur le passé, quelque chose de sombre et exaltant à la fois...

Bon.

Alors, autant vous dire que ce livre m'a laissé très très perplexe ! Le pire, c'est que je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. Enfin, que je vous résume un peu l'histoire tout de même.
Julie et Julia, deux jumelles américaines, se voient léguer par leur tante, qu'elles n'avaient jusque lors jamais vue, toute sa fortune et un appartement à Londres. Pour entrer en possession de cet héritage, il leur faudra, dès leur vingt et un ans, venir vivre un an dans cet appartement, et que leurs parents n'y entrent pas.
Mais pourquoi? On sent qu'entre Elspeth, et la mère des jumelles, Eddie, il y a une vieille histoire pas très jolie jolie.

Le résumé avait tout pour me plaire, le nom de l'auteur me disait furieusement quelque chose (et je sais pourquoi maintenant, elle a écrit the time traveller's wife, que certes je n'ai pas lu), mais...
Le démarrage est trop long déjà. On croit qu'on va entrer dans le vif du sujet tout de suite mais non. Les jumelles n'ont pas encore vingt et un ans au début du livre, Elspeth n'est pas encore morte, et quand elle meurt, on suit plutôt les errements de Robert (c'est dommage, son personnage avait tout pour me plaire, paumé, follement amoureux, intellectuel, oui mais bon ROBERT! Moi ça me fait pas rêver Robert, ça me fait penser à "Roberte" Pattinson, et euh... Ca me bloque direct!), et les turpitudes de Martin, son voisin, souffrant de graves Tocs.
Ce qui est bizarre, c'est que ce sont des personnages très intéressants. Robert, par exemple, travaille dans le cimetière Highgate, fait une thèse là dessus, et avec lui est évoqué les personnages importants qui y sont enterrés. Martin, lui, avec ses tocs, et sa femme qui le quitte, est également un très bon personnage.
Néanmoins, quand l'action commence réellement, il lui manque un petit quelque chose. Le fantastique est mal amené, l'appartement n'est pas si fascinant que ça, et les jumelles bien trop clichés. (Une dominante/une dominée mouais.)

Et puis on arrive à la fin.

Et alors, cette fin c'est du grand n'importe quoi ! Déjà, je la trouve un brin amorale. Et... Abusée. Je crois que je ne peux pas dire mieux.

Donc, ce n'est pas un mauvais roman, ça se lit très bien, mais je déplore que d'une idée de base qui aurait pu être formidable on arrive à quelque chose de si... Décousu.

samedi 18 juin 2011

Le goût des pépins de pomme de Katarina Hagena.


J'ai ouvert ce livre, l'ai commencé, et ne l'ai refermé qu'après l'épilogue. Chez moi, c'est plutôt une bonne chose.

J'étais morose avant de lire ce livre, dans ce genre d'humeur que j'ai parfois, sans doute due à trop de lecture de mon ami Pessoa, qui s'il écrit si bien, a le don de me donner le cafard.

A la fin, je n'ai eu qu'une envie, c'est de courir chez mes grands parents, et de faire de la confiture avec ma grand mère. Ce n'est pas possible, Bordeaux est si loin de chez eux, et me voilà un peu nostalgique, du coup.

Enfin, revenons au sujet qui nous intéresse réellement, le roman.

La narratrice Iris (que j'aime ce prénom!), hérite de la maison familiale après la mort de sa grand mère maternelle, malgré le fait que ses tantes et sa mère soient encore en vie. Après l'enterrement, elle s'attarde un peu là bas, et se demande si oui ou non, elle va garder cette maison dont elle n'a pas vraiment l'utilité, et malgré le fait qu'elle ne comprenne pas pourquoi sa grand mère lui en a fait legs.

En redécouvrant la maison, elle redécouvre aussi ses souvenirs. Peu à peu, elle reprend possession des lieux, s'interroge, renoue avec des sensations, des odeurs, des visions du passé. Elle revêt, ainsi qu'elle le faisait durant son enfance, les robes de ses tantes et de sa mère, vestiges d'une histoire, de la robe de bal de l'une aux vêtements colorés de l'autre.

Au fil des pages, apparaît une famille assez complexe, avec des secrets bien enfouis, qui ont marqué Iris. Elle replonge petit à petit dans ses souvenirs de gamine, et la proximité de Max, le frère d'une de ses amies de l'époque, l'oblige à se souvenir d'un drame. La mort de sa cousine Rosemarie.


Les morceaux de récits s'entrecroisent, et la vie de cette famille allemande se tisse petit à petit, pas entièrement, on ne sait pas tout, on devine quelques petites choses, on imagine d'autres.On découvre la mère de la narratrice, la préférée de son père, mais aussi sa tante la très belle Inga qui fascine toujours les hommes, et la dernière soeur, brisée par la mort de fille Rosemarie, qui s'est réfugiée dans ses croyances pour oublier.

Il y a quelque chose de très vrai dans ce livre, dans cette histoire qui est douce amère. Pas de happy end, pas de vision manichéenne de la vie, non, un récit qui sonne juste. On ressort un peu nostalgique de la lecture, on pense à notre famille à nous, à ses secrets, ses petites histoires, ses zones d'ombre. A nos souvenirs d'enfant, à nos madeleine de Proust.

Je regretterais quelques longueurs qui parfois plombent un peu la narration, malgré le peu d'épaisseur de ce tome. Aussi, ce n'est pas tout à fait un coup de cœur. Mais néanmoins, la galerie de personnages est vraiment très intéressante, et pour tout le reste, c'est une très jolie lecture. (ah et puis il y a Max... )

vendredi 22 avril 2011

Jane Austen ruined my life by Beth Pattillo.

Ce livre est le premier lu d'une commande un peu déraisonnable que j'ai passée suite à une folle envie de littérature inspirée des œuvres de Jane Austen. Il est évident que j'ai demandé conseil à celle que je peux considérer comme un mentor dans ce genre de choses, ma comparse de Correspondance d'Autrefois, Alice.
Elle m'a donc conseillé ce roman-ci (et d'autres :p).

L'héroïne du roman, s'appelle Emma, et déplore le fait d'avoir été éduquée par un père pasteur et par une mère fan de Jane Austen. C'est à ces trois personnes qu'elle doit son malheur. A cause de Jane Austen, elle a cru aux happy endings. Et si son mariage s'est terminé quand elle a trouvé son mari dans une drôle de posture avec son assistante à elle, hé bien c'est la faute de Jane Austen.
Et puis qu'à cause d'elle, elle a perdu beaucoup, dont sa réputation de professeur (son assistante l'a accusée de plagiat et son ex a évidement soutenue sa maitresse), c'est grâce à elle qu'elle retrouvera sa place.
Elle part donc à Londres, pour rencontrer une vieille dame (Mrs Parrots) qui serait en possession de lettres inconnues de Jane Austen. Voilà le début de l'aventure.
Il me semble important de voir ce livre comme purement fictionnel. Je savais avant même le commencement que les lettres que j'y lirais seraient juste une jolie invention. Cela me paraît important de le souligner.
Je me suis vite attachée à l'héroïne, Emma. Elle est têtue, aveuglée, perdue, triste, mais elle continue d'avancer. Elle va jusqu'au bout des choses. Je me suis retrouvée en elle. Son goût pour l'écriture qu'elle a étouffé dans l'oeuf, tout simplement parce qu'elle a  écouté les autres. Son manque de courage parfois. Ce côté jusqu'au boutiste dans le respect de ce qu'elle doit faire pour rester dans le rang.
J'ai absolument adoré Mrs Parrots, délicieusement excentrique, malicieuse et irrévérencieuse. Le concept des Formidables (je ne révélerais pas ce que c'est pour ne pas vous faire un gros spoiler) est... Formidable, justement.
J'ai aimé partir sur les traces de Jane avec Emma. Aller à Bath, à Lyme Regis, et j'ai eu l'envie soudaine d'aller faire mes bagages et de partir en Angleterre, sur le champ. Ce livre donne envie de voyager.

Quelques petits bémols, tout de même. La fin. Cet happy ending du pauvre m'a un peu chagrinée.
Le côté "Je suis l'élue" qui est donnée à l'héroïne. Je veux bien qu'elle soit une pro de Jane Austen et un professeur, mais quand même, elle aurait du être un poil plus castée par Mrs Parrots avant que celle ci ne lui fasse confiance. C'est un peu trop simple en fait. Pareil pour les "épreuves" qu'Emma rencontre au fil du livre. Ce ne sont pas vraiment des épreuves hein? Il y a là un petit manque de la part de l'auteur, enfin à mon sens.

Enfin, rien de bien méchant, c'est vraiment une très bonne lecture, le niveau d'anglais est peut être un poil plus élevé que celui de Mr Darcy's Diary d'Amanda Grange, mais c'est quand même lisible, avec wordreference sous la main.

Et ceci participe au challenge d'Alice : 


samedi 2 avril 2011

Apologie de la passivité de Karin Bernfeld.






Je viens de finir de relire ce roman, et je ne pouvais pas ne pas en parler ici. Déjà, parce qu'il s'agit d'un des tous premiers livres que m'a offert celui que j'aime, alors que nous n'étions encore que des amis, et que rien que pour ça, il occupe une place importante dans mon coeur.
Mais, outre la charge sentimentale, il s'agit là d'un livre qui a fait résonner quelque chose en moi. Vous savez, ce genre d'ouvrage que vous ouvrez et qui semble ne parler qu'à vous, qui semble avoir été écrit pour vous. Je ne saurais pas en dire grand chose, parce qu'il fait appel à presque quelque chose d'indicible, mais je vais tout de même essayer de vous en parler.

Apologie de la passivité est un roman à deux voix. Celle de Stella, agée de seize ans, à la fois férocement mature sur son regard sur la vie et perdue. Stella se débat. Comme un combat avec la vie, avec elle même, un combat contre l'incompréhension qui l'habite entièrement. Stella est asthmatique, boulimique, révoltée, intelligente, et surtout déphasée.  Et puis il y a Galaad. Paumé, bizarrement inapte à s'impliquer vraiment dans quoique ce soit. Deux âmes perdues qui se rencontrent. Plus qu'un véritable amour, c'est l'union de deux personnes qui tentent de ne pas se noyer ensemble. Stella est malade, et Galaad a des allures de chevalier servant. De protecteur, de sauveur.  On ne sait vraiment s'il l'aime parce qu'il lui semble avoir trouvé un Graal ou juste pour elle même. Aime t-il pour avoir l'impression d'exister, ou juste par vrai amour?
Je me reconnais à la fois dans l'un et dans l'autre. Dans leurs interrogations sur la vie, sur la société, et dans cette impression de ne pas être en phase avec le reste du monde. Dans leur amertume parfois. Dans leur envie d'aimer surtout.

Ce n'est pas un roman joyeux. Et pourtant, il aborde des problèmes, des questions bien actuelles. L'anorexie, la boulimie, le refus de soi même, la sexualité, tant de choses qu'on connaît sans vraiment les connaître. L'écriture de Karin Bernfeld est à la fois complexe et simple, comme ces personnages, à tel point que je dois me sermonner pour me dire que ce ne sont que des personnages de fiction.


Deux extraits:



"Aujourd'hui mon corps divorce: la frontière qu'est ma peau devient urticaire, et c'est comme si une sensibilité débordait soudain malgré moi en une multitude de réactions inattendues et incontrôlées. Je deviens adulte."
"L'asthme de Stella a une signification. Elle me l'a révélée sans s'en rendre compte. C'est une essoufflée de la vie."

lundi 28 mars 2011

Mr Darcy's Diary d'Amanda Grange



Orgueils et Préjugés est le tout premier livre de Jane Austen que j'ai lu, et il a pour cela une place toute particulière dans mon cœur. Quant à Darcy, il a fait soupirer maintes et maintes filles et femmes depuis des années, et ce n'est pas pour rien. Mystérieux, ombrageux, fier, et en cela, terriblement humain. Aussi, il fallait absolument que je lise ce livre qui lui est consacré. Il ne me fallait pas rester sur l'échec d'Orgueils et Préjugés et zombies qui fut une déception certaine en tant que premier essai de romans dérivés de l'oeuvre de Jane. Si j'ai depuis joué les aventurières avec le chouette livre d'Emma Campbell, je n'ai pas retenté une vraie lecture dérivative de l'œuvre austinienne..


Si le style est basique, j'ai beau l'avoir lu en anglais, je suis parvenue à suivre sans trop consulter un dictionnaire alors que je suis loin d'être billingue, il est agréable de retrouver des personnages connus.
Le roman débute par l'affaire "Georgiana", et j'ai apprécié d'être le témoin de cet épisode sensible.
On découvre dans le journal un Darcy un peu moqueur vis à vis de Bingley, mais aussi très protecteur, souhaitant visiblement éviter à son ami de se faire embobiner et de louer n'importe quelle demeure, et il visite même Netherfield avec lui en lui assénant conseils divers et pleins de bon sens. Il est assez amusant d'imaginer Darcy écrire un journal intime, mais même si cela n'est pas des plus crédibles, rien que le fait de lire les tentatives de Caroline de le charmer, sans qu'il ne se rende compte de rien, est assez délectable. La progression de ses sentiments pour Elisabeth est bien décrite , et retrouver certaines scènes du roman originel vue par Darcy est parfois très savoureux.
J'ai eu envie d'étrangler Wickham quand Darcy le retrouve à Londres.
J'ai aimé lire comment les Darcy passèrent leur premier Noël, et ce qui arrive à Anne, la malheureuse fille de Lady Catherine. 

Bref, j'ai aimé, surtout parce que j'ai retrouvé des personnages qui font maintenant partie de mon imaginaire et de mes souvenirs. Comme si un vieil ami me racontait sa version de l'histoire. Ce n'est pas une lecture cruciale, et elle est agréable seulement grâce à l'oeuvre première, mais c'est un bon moment à passer en compagnie de chères connaissances.

Et une petite phrase qui m'a bien fait rire.
"I found myself  being looked as though I was a pot of gold" écrit Darcy après la première entrevue avec ces "gens de la campagne".

samedi 19 février 2011

L'écriture ou la vie de Jorge Semprun.




J'ai longtemps repoussé le moment de lire ce livre, qui m'attirait et me repoussait à la fois. La période de la seconde guerre mondiale a le même effet sur moi. Je pense qu'il est nécessaire de se souvenir, de ne pas céder à la facilité de l'oubli, mais il est si terrible de savoir que l'homme peut être capable de tout, que ça me glace.

Mais finalement, j'ai cédé, et je ne le regrette pas.
Récit autobiographique, décousu et anarchique, mélangeant plusieurs phases de la vie de l'auteur, L'écriture ou la vie est un ouvrage qui sonne comme un cri.
Comment survivre à l'impensable? Comment lutter, alors qu'on se sent profondément vivant l'espace d'un instant, devant les regards plein de pitié d'hommes venus vous délivrer. Comment revivre alors qu'on a vécu une sorte d'expérience mortelle? Comment écrire là dessus? Comment ne pas sombrer?
On sent l'auteur profondément perdu, partagé entre le désir d'oublier, et celui de témoigner. Ne sachant pas comment mettre des mots, alors que là même est sa raison profonde d'être, sur une histoire.
Alors, on a ce récit. On passe d'anecdotes sur les derniers jours de la vie au camp Buchenwald, à des anecdotes d'avant guerre, quand l'auteur était étudiant en Philosophie, puis à l'après guerre, à la fuite en avant, et surtout, à ce qui prend une place immense dans la vie de Jorge Semprùn, la littérature. L'évocation de Goethe, quand il se rend à Weimar, (où Goethe a séjourné) avec le lieutenant Rosenfeld, allemand naturalisé américain, qui a combattu contre son propre peuple et contre le nazisme, les citations de poème, ou quand la poésie est un cri de souffrance, et l'apparition des écrivains qui ont marqué Semprùn.

Il ressort de tout ça un personnage blessé, fragile, mais vivant. Au final, même si il témoigne peu de sa vie à Buchenwald, on ressent le spectre de sa souffrance dans tout le livre. Même s'il n'évoque que rarement des morts, même si seules les cheminées fumantes rappellent l'extermination avec l'absence des oiseaux, ce témoignage reste poignant. C'est un récit vrai. Littéraire aussi, parce que l'on sent que l'auteur exsude l'écriture par tous les pores de sa peau. Mais un récit essentiel.

En tout cas, il restera marquant pour moi.

mercredi 26 janvier 2011

True Grit de Charles Portis



Roman western écrit par Charles Portis, auteur américain, True Grit est l'une de ses oeuvres les plus connues.
Je n'avais jusque lors pas encore goûté à ce genre de littérature, et pour tout vous dire, je ne suis pas très western en règle générale.
Bizarrement, celui là me tentait vraiment (à cause de l'adaptation par les Frères Cohen), et quand j'ai vu qu'il était proposé en partenariat par B-O-B j'ai sauté sur l'occasion.

Mattie Ross, l'héroïne, est une gamine de quatorze ans, au caractère particulièrement obstiné, et pourvue d'une grande maturité pour son âge. A la mort de son père, tué par leur employé Tom Chaney, alors qu'ils étaient partis acheter des chevaux, elle se rend en ville pour s'occuper des funérailles.
Animée par un besoin de vengeance hors normes, elle décide d'engager Rooster Cogburn, un shériff borgne, pour poursuivre le meurtrier. Tom Chaney étant poursuivi dans d'autres états, un nommé Laboeuf vient se joindre à la troupe. S'en suit tout un tas de machinations et de réflexions de la part de Matie, qui n'est pas vraiment la bienvenue dans cette poursuite armée. Pourtant, elle parvient à s'imposer et part à l'aventure avec les deux hommes.

Pour en venir à mon avis, j'ai vraiment apprécié ce livre. Cela change absolument de ce que je peux lire habituellement, mais le style décapant de l'auteur avec le point de vue de Matie à qui on s'attache tout de suite, a vraiment particulièrement bien fonctionné avec moi. Il y a quelque chose de brillant dans cette apparente simplicité du style. Les personnages sont tous hauts en couleur, même les seconds rôles, et cela donne une galerie de caractères bien différents. J'ai particulièrement aimé celui de Rooster, alcoolique à la verve féconde, et ses digressions sur ses aventures sont très bien tournées.
Les actions s'enchaînent, comme dans un western, mais tout reste bien posé, bien cadré, malgré un certain sentiment d'urgence du à la poursuite et donc à l'histoire, on sent que l'auteur a bien pris le temps de poser les jalons de son histoire.
Bref, c'est une lecture que je vous conseille chaudement. Les aventures de Matie, et sa vision du monde, ne vous laisseront pas indifférents.

Merci donc aux éditions du serpent à plumes et à blog o book, pour cette très chouette découverte.


Et le trailer du film, qui ma foi, m'a l'air plutôt sympatique :p








dimanche 16 janvier 2011

Le chant des sorcières de Mireille Calmel. (tome 1)


Très bonne surprise que ce premier opus du chant des sorcières (en trois tomes apparemment), saga historico-fantastique.  Depuis longtemps la trilogie dormait dans ma PAL et il a fallut que désœuvrée, je cherche un livre pas trop prise de tête, pour que je daigne enfin m'y plonger.

Et grand bien m'en a pris ! Réécriture très intéressante du mythe de Mélusine * (et mêlant d'autres figures de la mythologie, tel l'évocation de Merlin, des harpies, de l'autre monde), l'action de ce premier opus se passe dans une France moyenâgeuse (en 1483, donc toute fin de cette période), au château de Sassenage.
Le mélange entre faits vraisemblables historiquement parlant, et mythologie détournée est savamment réalisé, et participe à la réussite du livre.
Impossible de s'ennuyer, et cela est également dû au personnage principal, Algonde, une jeune femme partagée entre un destin qui semble vouloir lui échapper, et un amour d'enfance. Elle a beau avoir échappé miraculeusement à la noyade, on ne peut pas dire que la chance semble décidée à lui sourire, et Algonde enchaîne les déconvenues.
Que dire du personnage de la fée Mélusine, qu'on devine trouble, manipulatrice, aimant à jouer des humains comme des pantins, prompte à séduire et à tromper, mais pourtant bizarrement humaine sous ses écailles serpentines.
On passe de personnages en personnages, du prince maure à la jeune noble naïve et égocentrique, le point de vue changeant de temps à autre, ce qui renouvelle sans cesse l'intérêt pour l'aventure. De temps à autre, les descriptions de la vie de tous les jours viennent apporter une petite pause agréable dans l'intrigue générale.

J'ai hâte de lire la suite ! (et vais m'y atteler !)

* Mélusine, qui fille d'une fée (Persine) et d'un noble mortel, épousa Raymond de Lusignan dont elle eut dix enfants. Renommée pour ses talents de bâtisseuse, elle fonda plusieurs villes, et abbayes.  Elle avait fait promettre à son époux de lui laisser un jour libre par semaine. Ce jour là, elle se laissait aller à sa nature féérique, et le bas de son corps se recouvrait d'écailles. Raymond la surprend et est horrifié. Elle s'échappe par une fenêtre dans un cri de tristesse.  On raconte qu'elle venait parfois veiller sur ses enfants la nuit. 
Depuis lors, elle veillerait sur sa lignée et hurlerait, telle une banshee, à chaque fois qu'un des siens va mourir.